RÉFLEXIONS CROISÉES : projet commun et récit commun

RÉFLEXIONS CROISÉES : projet commun et récit commun

28 septembre 2026

COMPTE-RENDU

Réflexions croisées

Mercredi 16 juillet 2026   ·   Forum 104, Paris 6e

Réunion tenue sous la règle de Chatham House : les propos peuvent être rapportés, sans être attribués à leurs auteurs ni à leur institution.

THÉMATIQUEProjet commun et récit commun
ANIMATION ET RAPPORTEURMiruna Vladescu
PARTICIPANTSProfils institutionnels, dirigeants, directeurs du secteur privé.

Objet.  Les travaux ont approfondi l’une des six déclinaisons de la grande réflexion « Communautés, territoires et citoyenneté » : le projet commun et le récit commun, dans le cadre d’un programme pour la France à horizon 2032 que le CIS s’engage dès aujourd’hui à porter. Les échanges se sont ordonnés en cinq temps : le socle, la méthode, la garantie, le sens, le moteur.

1.    LE SOCLE : UN ÉTAT FORT, GARANT DE L’ÉTAT DE DROIT

Le premier engagement est celui d’un État fort, fort non par l’arbitraire mais parce qu’il est le garant de l’État de droit et de l’égalité envers tous les citoyens, sans discrimination, fonctionnant au bénéfice du plus grand nombre, avec un grand soin apporté aux plus démunis, en cohérence avec les collectivités territoriales, auxquelles doit être garantie une véritable autonomie financière.

Le respect et l’application de la loi pour tous les citoyens en sont la clé de voûte. La citoyenneté est avant tout des droits : les devoirs, eux, c’est au travers de l’application de la loi que les citoyens y sont directement confrontés.

Cette refondation exige de rompre avec la trajectoire suivie depuis des décennies : les privatisations, telles qu’elles ont été conduites jusqu’ici, n’ont fait que précariser les services publics. Y mettre un terme relève d’un changement de volonté politique : assumer la réorientation de ces privatisations et redonner à l’État les moyens de ses missions.

Cette exigence s’applique au premier chef aux services régaliens : ne peuvent plus être acceptées des forces de l’ordre insuffisamment recrutées et formées, dont les défaillances alimentent la défiance, ni des services publics dégradés. La restauration de leur qualité est la condition première de la cohésion.

2.    LA MÉTHODE : ÉVALUER, CORRIGER, NE PLUS EMPILER

Un État fort se construit dans la durée et se pilote. Le constat est partagé que les corps intermédiaires et les syndicats ne jouent plus pleinement leur rôle. Deux leviers opérationnels y répondent :

– Le recours aux conventions citoyennes, pour réancrer la décision publique dans la société.

– L’instauration d’une discipline d’évaluation systématique : toute réforme est appliquée pour une temporalité de quatre ans, puis évaluée, et retirée si elle n’a pas fait ses preuves. Cette logique de résultat s’oppose frontalement à la pratique actuelle de l’empilement législatif : on ne légifère plus par accumulation, on gouverne par la preuve.

3.    LA GARANTIE : DE VÉRITABLES CONTRE-POUVOIRS INSTITUTIONNELS

La méthode n’est crédible que si elle est garantie institutionnellement. Trois chantiers de réforme sont identifiés :

– Sanctuariser des lieux de débat et des contre-pouvoirs au niveau institutionnel.

– Instaurer des débats et des votes au niveau national comme au niveau local par le biais d’une réforme institutionnelle.

– Réformer le processus de nomination dans l’ensemble des grandes instances, tel que le Conseil d’État, la Cour des comptes et tous les organes institutionnels qui n’ont pas les moyens d’incarner leur véritable rôle, que ce soit dans la mise en application de certaines de leurs recommandations ou pour tirer les conséquences de leurs analyses lorsque celles-ci ne sont pas muselées, afin d’en renforcer la légitimité.

4.    LE SENS : LA CITOYENNETÉ

Un récit qui se voudrait unique se contredirait lui-même : il y a toujours des récits, au pluriel, comme l’histoire de France elle-même, dans la vastitude et la diversité de ses territoires, ne prend son sens qu’à condition d’être regardée entièrement.

Des pistes de réflexion ont été ouvertes pour nommer autrement le « récit national ». Parmi elles, « le récit des citoyennetés » : chacun incarne une citoyenneté différente, de par qui il est individuellement, mais s’agrège à l’ensemble par un récit commun qui les rassemble. La réflexion reste ouverte sur le choix des mots les plus justes.

La vision découle directement des étages précédents : le sentiment d’appartenance à la France est la conséquence légitime de la bonne marche des politiques publiques et de leur accès pour l’ensemble des citoyens. Le sentiment d’appartenance ne peut être obligé : il se produit, par l’efficience de l’État et la solidité du cadre institutionnel, national et local. La vraie question est dès lors celle-ci : quel cadre construire afin que la Démocratie puisse garantir la liberté, l’égalité et la fraternité envers tous les citoyens ?

5.    LE MOTEUR : « AU POUVOIR CITOYENS »

Ce que fait le CIS relève de la politique au sens étymologique du terme, de la polis, la cité : la participation des citoyens aux affaires de la cité. « Au pouvoir citoyens » : le pouvoir politique exerce le pouvoir que les citoyens lui ont donné ; mais les citoyens, eux, ne renoncent pas au leur : ils continuent à l’exercer via les contre-pouvoirs, ceux-là mêmes que la réforme institutionnelle vient sanctuariser.

Dans cette perspective, les différentes composantes de la société civile sont écoutées et se voient offrir une tribune : parce que nul ne vit ce qu’elles vivent à leur place, et parce qu’elles sont constituées de citoyens comme tous les autres. C’est l’expression même de la liberté citoyenne.

À découvrir