Le Cercle d’Influence Stratégique a ouvert l’année 2026 avec une soirée-débat particulièrement intense, réunissant autour d’une même table des profils qui se croisent rarement : chefs d’entreprise, spécialistes du droit du travail, militaires, financiers, représentants d’une jeune génération curieuse des transformations du travail et du pouvoir. En face, Bernard Friot, théoricien du salaire à vie, dont la parole ne laisse jamais indemne. Les frictions ont été réelles, les désaccords assumés. Au-delà des oppositions idéologiques, trois sujets de fond ont émergé.
La liberté individuelle, et ses ombres
Première ligne de tension. Entre protection collective, sécurité économique et autonomie réelle, une question a traversé tous les camps : comment préserver la liberté individuelle sans recréer de nouvelles formes de dépendance ? Dépendance économique au marché, dépendance idéologique à un récit unique, dépendance technologique aux infrastructures privatisées. Les voies pour articuler ces tensions divergent profondément, mais la question elle-même est partagée.
La réindustrialisation à l’ère de l’IA
Deuxième ligne. L’intelligence artificielle peut devenir un levier de réindustrialisation pour la France, en libérant le travail humain des tâches ingrates et en redonnant de la valeur aux savoir-faire. Elle ouvre de nouvelles formes de souveraineté, à la fois nationale et individuelle. À une condition essentielle : qu’elle ne soit pas confisquée par une nouvelle élite de technocrates-féodaux qui captureraient à la fois la valeur produite et le pouvoir de décision. L’enjeu n’est pas de subir l’IA, mais de s’en servir sans perdre la maîtrise du travail, de la valeur et du pouvoir qu’elle redistribue.
Penser à l’échelle internationale
Troisième ligne. Aborder ces enjeux uniquement à l’échelle nationale conduit à l’enfermement, voire à la sclérose. Travail, technologie, capital et pouvoir s’organisent désormais à l’échelle mondiale. Les réponses doivent être à la hauteur de cette réalité. Toute reconquête de souveraineté économique passe par une articulation internationale assumée, qui suppose des alliances, des arbitrages et un récit qui ne soit ni hexagonal ni naïvement universaliste.
Une question centrale est restée ouverte au terme de la soirée : qui structure réellement la liberté, et que les cadres existants nous empêchent-ils encore de penser ? C’est précisément à cette enquête que le CIS continuera de travailler.
