Les blocs ne protègent plus personne

Les blocs ne protègent plus personne

3 juillet 2026

Par Miruna Vladescu, Fondatrice du Cercle d’Influence Stratégique (CIS)

OTAN, G7, BRICS : on nous a promis un monde multipolaire. Ce que je vois, c’est un monde où aucune alliance, atlantiste ou alternative, ne protège plus personne. Le vrai basculement est ailleurs.

D’un côté, l’OTAN, le G7, l’ordre occidental qui s’effiloche. De l’autre, les BRICS, 11 pays qui rassemblent près de la moitié de l’humanité et se présentent comme l’alternative crédible. Le récit est séduisant. La réalité est plus rugueuse.

L’Iran, membre des BRICS, a vu son dirigeant suprême tué en février dernier dans une frappe israélo-américaine sur Téhéran. Ses villes ont été bombardées. La Russie a condamné. La Chine a condamné. Le Brésil a condamné. Une déclaration commune des BRICS ? Aucune. Le bloc alternatif n’a pas été capable de produire un texte unique pour défendre l’un des siens.

Pendant ce temps, le Liban paie, comme toujours, les guerres des autres : des millions de personnes déplacées. Gaza entame sa troisième année sous les décombres. Le Soudan, le Congo, la Birmanie: combien de guerres tuent chaque jour dans un silence que peu osent questionner ?

On nous promettait un monde multipolaire. Ce que nous voyons, c’est un monde où les alliances ne protègent plus personne. Mais l’ont-elles jamais fait ? Souvenons-nous de la Yougoslavie. État souverain, non-aligné, fondateur du mouvement qui voulait précisément échapper à la logique des blocs. Démantelé sous les yeux du monde. La leçon est ancienne : aucune appartenance ne garantit la sécurité d’un peuple lorsque les puissances qui la composent décident autrement.

Il faut alors changer de question.

Le vrai basculement n’est pas d’un bloc vers un autre. Nous avons déjà pensé comme ça. Guerre froide, Est contre Ouest. Puis OTAN contre le reste. Puis BRICS contre G7. À chaque époque, on a cru que le rapport de force se jouait entre puissances. Ce temps est révolu.

Ce qui s’effondre, dans nos démocraties occidentales en particulier, ce n’est pas seulement la capacité des élites à gouverner. C’est leur sens des responsabilités. C’est l’intérêt général, sacrifié sur l’autel d’intérêts particuliers qui ne regardent plus personne. La crise est moins géopolitique qu’éthique. Elle se loge dans le rétrécissement de l’horizon des décideurs, qui ont confondu l’État avec leur réseau et la nation avec leur entre-soi.

Et pourtant, ailleurs, les choses bougent. En Asie, en Europe de l’Est, en Afrique, des populations se projettent, construisent, inventent leurs propres modèles. La preuve que l’effondrement n’est pas universel. Il est localisé. Et il dit quelque chose de nous.

La question n’est donc plus : quel bloc va l’emporter ? La question est : comment changer de logiciel ?

Ce que nous vivons n’est rien d’autre que la fin d’un paradigme. Et avec elle, l’opportunité d’imaginer d’autres structures, d’autres modèles de gouvernance, et de les éprouver. C’est précisément quand les failles deviennent béantes que la lumière passe.

Cela ne viendra pas d’une petite élite suffisante qui ne représente plus personne, sinon elle-même. Cela viendra de la société civile dans son ensemble. De ceux qui pensent, organisent, agissent sans attendre la permission. De ceux qui acceptent le temps long, celui qui transmute et non celui qui commente.

C’est ce que nous engageons avec le Cercle d’Influence Stratégique. Non pour pleurer la fin d’un monde, mais pour préparer le suivant.

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