L’héritage politique du général De Gaulle pour sortir de l’impasse politique et du déclin
Par Jacques Godfrain, Lionel Tourtier.
TRIBUNE. Face aux défis et aux crises qui attendent la France, il est urgent de revenir aux fondamentaux politiques du gaullisme, plaident Jacques Godfrain et Lionel Tourtier, de la Fondation Charles de Gaulle.
Jacques Godfrain, ancien ministre entre 1995 et 1997, est le président d’honneur de la Fondation Charles de Gaulle. Lionel Tourtier est membre de la convention de la Fondation Charles de Gaulle.
Pour nous, gaullistes authentiques – c’est-à-dire ceux qui se reconnaissent pleinement dans les idées, la méthode et l’ambition du Général – la situation de notre nation est entrée dans une phase critique. Nous avons « mal à la France » à cause de la crise de confiance démocratique, de l’affaiblissement de notre souveraineté, de notre perte d’influence internationale, laquelle fait bien défaut dans le contexte des conflits actuels, du déclin industriel, de l’insécurité, de la précarité, et de la réduction progressive des libertés.
Il serait facile de céder à la nostalgie ou à la dénonciation systématique, mais l’enjeu est plus élevé : renouer avec notre histoire pour lui donner un prolongement contemporain. Comme l’avait rappelé le Général : « La France n’est réellement elle-même qu’au premier rang ; seules de vastes entreprises sont susceptibles de compenser les ferments de dispersion que son peuple porte en lui-même. »
Avons-nous encore les moyens d’une telle ambition ? Oui, encore pour un temps. Avons-nous la volonté et le courage ? C’est à chacun de se positionner, en responsabilité envers nos anciens et nos descendants.
Les quatre clefs du redressement
En 1958, le Général de Gaulle posait ce diagnostic simple : « La République ne peut vivre que si l’État est fort et légitime, et si le peuple se reconnaît dans ses institutions. » Aujourd’hui, quatre clefs paraissent essentielles pour répondre à ces exigences : souveraineté, subsidiarité, arbitrage, participation.
La souveraineté : d’un projet politique européen à une dérive normative ?
L’Europe s’est construite sur un malentendu fondateur, car dès l’origine, deux visions se sont opposées. D’un côté, une Europe politique des États, fondée sur la coopération volontaire. De l’autre, une Europe supranationale, fondée sur la délégation progressive de souveraineté par un transfert de compétences.
Le Général de Gaulle n’a jamais été hostile à l’Europe. Il s’est au contraire engagé résolument pour une Europe forte, mais à une condition claire : « Il faut que l’Europe soit faite par les États, et non contre eux. » C’était aussi la conviction de Georges Pompidou. Or, l’évolution récente de l’Union européenne montre un glissement : montée en puissance de la Commission hors des prérogatives fixées par les Traités ; extension jurisprudentielle du droit européen ; automatisme normatif ; affaiblissement du contrôle politique national ; déconstruction du modèle social, avec notamment la création récente d’un 28ème régime. Ce fédéralisme de fait ne résulte ni d’un choix démocratique clair, ni d’un débat populaire explicite.
Toutefois, l’on doit reconnaître que l’UE – mais jusqu’à une certaine date – a joué un rôle stabilisateur (énergie, défense, concurrence) et que certaines normes ont protégé les consommateurs et favorisé un équilibre du marché. De plus, plusieurs décisions contestées n’émanent pas de Bruxelles mais d’une surinterprétation nationale. Il ne s’agit donc pas de dénoncer l’Europe, mais de la refonder sur de nouvelles bases, dans l’esprit de ce qu’envisageait le Général, afin de redonner à notre pays la maîtrise des choix essentiels. Ce qui passe, en outre, par une révision du champ des décision de la Commission européenne, qui a outrepassé sa fonction.
