Préparer la guerre contre la Russie : réalisme Gaullien ou illusion fédéraliste ?

Préparer la guerre contre la Russie : réalisme Gaullien ou illusion fédéraliste ?

10 juin 2026

Par Lionel Tourtier GENERATIONS E.R.I.C

La souveraineté française face à l’impasse stratégique, économique et populaire de l’Europe

Lionel TOURTIER

Pour le gaulliste et donc souverainiste que je suis, la préparation à un conflit direct avec la Russie relève davantage d’une logique de blocs que d’un réalisme gaullien. L’Europe n’en a ni les moyens matériels ni la volonté populaire. La seule voie est une architecture de sécurité européenne souveraine, inclusive de l’Atlantique à l’Oural.

La question que tout citoyen ou responsable économique devrait se poser

Les dirigeants européens, de Bruxelles à Berlin en passant par Paris, répètent à l’envi que la Russie constitue une « menace existentielle » et qu’il faut se préparer à la guerre. Ainsi, Madame Ursula von der Leyen, Messieurs Friedrich Merz et Emmanuel Macron évoquent tour à tour une « force paneuropéenne », un réarmement massif et même un débat sur un « parapluie nucléaire » franco-britannique. Ce discours belliqueux intervient alors que les États-Unis retirent déjà plusieurs milliers de soldats d’Allemagne1, annoncent le retrait d’un tiers de leurs flottes aériennes et annulent le déploiement de missiles Tomahawk, laissant l’Europe face à ses propres illusions de puissance.

Le règlement sur l’accélération industrielle (IAA) et le Pacte pour une industrie propre (PIC) sont présentés comme les outils d’une Europe enfin autonome. L’effort requis est d’autant plus nécessaire et urgent selon eux que l’Administration Trump entend se désengager rapidement de sa présence militaire en Europe, afin de consacrer ses moyens à la zone Pacifique et à celle de l’Amérique du Sud.

La posture de l’Union Européenne est-elle réaliste ? Ou s’agit-il d’une illusion atlantiste, doublée d’une tentation fédéraliste qui sacrifie la souveraineté française ? Telle est la question que chaque citoyen devrait se poser.

De Gaulle enseignait que la politique étrangère d’un État doit reposer sur une analyse froide des intérêts nationaux et des rapports de force, non sur l’idéologie. Or, les faits accumulés depuis 1991 — promesses non tenues à Gorbatchev, expansion continue de l’OTAN, propositions russes d’architecture de sécurité collective ignorées, faiblesses industrielles et économiques structurelles de l’UE, fatigue populaire — montrent que la préparation à un conflit direct avec la Russie relève davantage d’une logique de blocs que d’un réalisme gaullien.

Pour tout vrai gaulliste, la France, puissance nucléaire indépendante, n’a aucun intérêt vital à une telle guerre. Seule une architecture de sécurité européenne souveraine, inclusive et dialoguée avec la Russie, permettrait de préserver la paix tout en restaurant la souveraineté française. Tel est l’objet de cette analyse, dont les assertions devraient être largement débattues au sein de notre communauté nationale.

1 Retrait confirmé de 5 000 soldats américains d’Allemagne (l’objectif pouvant atteindre 35.000) et suspension des rotations en Pologne et pays baltes, mai 2026.

Lire la suite de l'article